Du Métal à The Cure en passant par le jazz-rock le plus électrique, l’univers assez balisé du guitariste Matthieu Rosso agrémente un jazz très contemporain. Outre Manu Codjia, avec qui il forme par ailleurs un duo, on trouve chez ce Toulonnais des influences disparates, de Frank Gambale à Bill Frisell. Pour son premier album avec le Red Quartet, il expose un goût affirmé pour une musique en mouvement dans des morceaux ramassés, au format pop, qui tanguent entre polyrythmies martelées et éclats électriques mais ne laisse pas le chaos s’installer dans la durée.

Cette formation où l’on retrouve le batteur Franck Vaillant et le saxophoniste Sylvain Cathala s’appelait Rictus jusqu’à ce que le bassiste Jean-Philippe Morel, notamment connu pour son United Colors of Sodom, ne remplace Bruno Schorp. L’électricité contondante de Morel se place au centre de Red Quartet et apporte une teinte urbaine, qui trouve avec Vaillant un compagnon de jeu idéal. Dans un morceau comme « Induction », sa basse augmentée d’effets souligne les phrases à l’unisson du guitariste et du saxophoniste, tout comme l’agilité rythmique de Vaillant, impressionnant de bout en bout.

Avec « Azimut » qui ouvre l’album dans une discussion d’équilibriste entre l’inventif batteur et le son toujours très plein de Cathala, on comprend qu’il est principalement question d’équilibre des pôles. Ce frottement perpétuel sans réel antagonisme des lignes rythmiques et mélodiques galvanisent l’unité du quartet (« Axiome »), peut-être au détriment de l’énergie. L’album, conçu pour évoluer au cœur de ces entrelacs, souligne surtout l’écriture claire et très précise de Matthieu Rosso. C’est le cas du faussement nonchalant « Ubik », où l’unité inviolable entre guitare et saxophone polit le propos plus qu’il ne le radicalise.

Ce n’est que lorsque la base rythmique se fait plus vindicative, sur le remarquable « V », que Rosso, à mesure que le saxophone de Cathala s’empourpre, durcit ses interventions. Elles restent cependant dans un cadre très collectif, véritable architecture de Red Quartet dont le guitariste ne s’échappe qu’à de trop rares exceptions (« My Own Reality »). À la couleur rouge, Rosso a indéniablement emprunté la chaleur et la vigueur ; moins, malheureusement ses reflets révolutionnaires. Mais cette musique, comme le vin de garde, ne demande qu’à rabonnir.

 

Franpi Barriaux