Deux ans après le premier disque de son Red Quartet, Matthieu Rosso a tout changé autour de lui.
Pour No Monster, son second album, Il a néanmoins conservé intacte la volonté de mélanger les rythmiques impaires et la puissance d’une musique qui se pique de métal. A ses côtés, le saxophoniste Denis Guivarc’h remplace Sylvain Cathala ; mais il ne s’agit pas d’une rupture, puisque les musiciens restent dans une esthétique assez voisine.
Le guitariste quant à lui, ne renie toujours pas l’influence de Codjia et surtout de Frisell. Grâce à cette nouvelle équipe, il s’agit davantage de rechercher un ton plus percutant et instinctif. Plus rock, précisément ; on pourrait même dire que le paradigme jazz-rock est ici désormais pleinement assumé, sans postures abstraites aux rythmiques instables ni nostalgies de guitaristes permanentés.
Sur No Monster, sorti également sur le label Juste Une Trace, ne reste que Jean-Philippe Morel et ses basses dures et rocailleuses. L’importance de ce fidèle est croissante, et son art de passer les morceaux à la moulinette de ses effets tonitruants en fait un véritable co-leader.
Sur un morceau comme « Pandora’s Box », où Rosso est percuté par l’effet de fuzz volubile et grasseyant de Morel, la relation entre bassiste et guitariste peut sembler orageuse, mais il ne faut pas s’y tromper : elle est absolument fusionnelle. Rosso le sait, c’est de la friction que naît le mouvement. Les titres qu’il signe pour No Monster servent ce constat, et sont proches de l’agitation perpétuelle. Le mérite en revient notamment à Rafaël Koerner, nouveau venu lui aussi. Son jeu direct, qui trouve en Morel un remarquable allié, est le garant de la grande efficacité de Red. Le batteur de Ping Machine est également membre du Kami Quintet et de Cartel Carnage, deux formations dont la proximité avec celle-ci est évidente.

Sur « Flexible », indubitablement le sommet de l’album, Guivarc’h et Rosso devisent avec une sérénité vite mise à mal par la puissance d’une base rythmique insatiable. La sécheresse de Morel s’agglomère à une frappe lourde pour pousser le leader dans ses retranchements. Son solo hendrixien qui s’élance sur une basse mutante est la plus franche des réponses.

On découvre sur ce second disque l’urgence qui manquait à Red Quartet. Elle se manifeste notamment sur l’excellent « Insane Incorporated », où les cordes se heurtent à pleine vitesse. Lorsque le saxophone vient se mêler à l’algarade, ce n’est pas pour prendre parti, mais pour ajouter sa voix, proche du cri, à une tension au paroxysme. Puis ce dispositif s’apaise et on découvre que Morel et Rosso se confondent presque dans la raucité de leurs cordes, comme pour mieux incarner l’unité de l’orchestre.

Nous écrivions à propos du précédent album que la musique de Matthieu Rosso ne demandait qu’à tracer sa voie et adopter son rythme de croisière. Il est agréable de constater que No Monster est l’œuvre d’un quartet soudé et efficace qui a trouvé son équilibre. Voici un disque très abouti.
Franpi Barriaux